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Interview de Gilbert Girard à Manuel THIANT

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Manuel THIANT antilles

Depuis longtemps, des petites Antilles en plein cœur de l'archipel des Caraïbes émergent des athlètes de haut niveau et ceci dans bien des disciplines. Le culturisme a été particulièrement gâté avec des champions comme Serge Nubret, originaire de la Guadeloupe et thierry Pastel, martiniquais tout comme Manuel Thiant que nous vous présentons. Manu est un solide gaillard de 44 ans, mesurant 1,84m pour 11kg hors saisons, et qui ne se prend vraiment pas la tête. Le culturisme et la compétition sont des passions certes, mais il n'en demeure pas moins que le noyau familial qui l'encourage, bien sûr, mais le tempère également, est de la plus haute importance.

GB : Manu, quand as-tu commencé tes premiers entraînement ?

MT : En 1984, je faisais mon service militaire à Bordeaux? J'étais dans les parachutistes. J'ai toujours eu envie de faire un peu de muscu lorsque j'étais beaucoup plus jeune et je n'avais pas d'opportunité lorsque j'habitais en Martinique où je suis resté jusqu'à l'âge de 18 ans. Au service militaire, j'ai rencontré des jeunes qui étaient branchés muscu et c'est là que j'ai commencé avec eux. Je suis tombé dans cette "maladie", et je n'ai jamais pu décrocher. Chemin faisant, je suis allé chez Georges Daucle en 1986. Là-bas ils étaient tous compétiteurs, je ne pouvais pas mieux tomber que ça. C'est ainsi que j'ai fait ma première compétition en catégorie "premier pas" à Sarcelles, et ça m'a tellement plu d'être sur scène que j'ai participé au Championnat de Paris dans la foulée.

GB : Avant de faire du culturisme, as tu pratiqué d'autres sports ?

MT : Oui, j'ai fait pas mal de foot, et puis de la course à pied, j'étais toujours dehors, parce qu'à cette époque là, il n'y avait pas de jeux vidéos comme pour les jeunes d'aujourd'hui qui passent beaucoup de temps devant la télé. J'étais donc tout le temps en train de courir, et de jouer à l'extérieur.

GB : Comment abordes-tu tes entraînements ?

MT : J'y ai toujours été au feeling. Je sais que je vais faire les cuisses aujourd'hui, mais je ne sais pas de quoi va être  composée ma séance. Je vais donc m'entraîner à la sensation, en fonction de la réaction des muscles, et je n'ai pas de nombre de séries ou de répétitions en tête. Ce n'est pas déterminé à l'avance, pas plus que les exercices.

Non, je vais à la sensation et parfois je peux faire 2 ou 3 séances identiques, mais je vais essayer de "tromper le muscle", je veux toujours qu'il réagisse. J'adapte mes entraînements, je peux ajouter des séries, je peux ajouter des répétitions ou un exercice, voilà, je m'adapte d'une séance à l'autre. Hors saison, je m'entraîne 4 fois. Le lundi et le mardi, le mercredi c'est repos, puis je continue le jeudi et le vendredi. A l'approche d'une compétition, j'essaye d'ajouter une séance, voire deux séances dans la semaine. En règle générale je passe 2 heures en salle entre le moment ou j'arrive et que je pose mon sac, et le moment où je m'en vais, disons, 1h30 d'entraînement.

GB : Mis à part le fait que tu ajoutes une séance ou deux en période de prépa à une compète, tes entraînements sont-il différents de ce qu'ils sont le reste de l'année ?

MT : Je garde toujours la même façon de m'entraîner. Je prends juste le temps de récupérer entre deux séries et c'est réparti. Ce n'est pas différent le reste de l'année. Bien sûr, avec la fatigue due au régime, les charges sont moins lourdes. Je vais peut-être ajouter des séries d'isolation, y mettre plus de tension. Il n'y a pas de raison de changer quelque chose qui marche. Le changement va  être beaucoup plus sur la diète. En prise de masse, je ne cherche pas à prendre trop de kilos excédentaires, parce qu'après, c'est difficile, trop fatigant  à perdre. La saison dernière j'étais à 111kg hors saison et j'ai flirté  avec les 112kg, pour me retrouver à 98kg en compétition cette année, puisque je suis passé dans la catégorie des lourds, 12 ou 13kg de trop, c'est vraiment le maximum. Il y a deux ans pour ma diète je m'étais fait aider par Albert Ngangue et j'ai eu le titre en super grande taille léger, et puis en 2007, j'ai fait appel à Christopher Ferron. On a mis quelque chose en place 15 jours avant la demi-finale.

GB : La phase "de sèche" pour une compétition dure combien de temps ?

MT : Comme cette année (ndlr : 2007) j'étais sur le stand de Body Gear au Mondial Body Fitness de Paris, je voulais être tout à fait présentable. Au 1er février j'ai commencé à mettre de l'ordre dans ma diète, et je me suis laissé le temps pour ne pas arriver trop fatigué le jour de la compétition. Disons qu'il me faut 10 à 12 semaines de régime pour la première compète de l'année.

GB : Es-tu un adepte du rebond glucidique ?

MT : Je l'ai fait sur d'autres compétitions, tout seul, en lisant des articles à ce sujet, sachant que ce qui marche pour les uns ne marchera pas obligatoirement pour d'autres, ce qui fait que le rebond à quelques heures près, ça marche ou pas. Cette année, avec Christopher Ferron, on ne l'a pas fait, on a juste fait un rebond le matin de la compète avec des pommes de terre, un peu de bananes, de la glace au moment de la chauffe, et ça a marché très bien. Je n'ai pas fait le rebond sur 3 ou 4 jours, nous avons établi une nouvelle approche.

GB : En fonction de tes goûts, de l'idée que tu te fis de la beauté culturiste, y a-t-il des champions qui pour toi sont des références ?

MT : C'est vrai que depuis quelques temps on a de plus en plus de "monstrueux", des Coleman et compagnie, des Cutler. Nous, ici, on les a tous en référence. La beauté chez nous ça va être Francis Benfatto, Thierry Pastel. La ligne avant tout, la beauté, l'équilibre, c'est le but du jeu. L'idée que je me fais de la ligne et de la beauté, ce sont les statues grecques.

GB : La rareté des sponsors dans le milieu du culturisme est un problème. De ton côté, reçois-tu une aide, as-tu un partenariat avec une entreprise ?

MT : Depuis quelque temps il y a Gérald Mastroiani de chez Body Gear qui me fait des prix très intéressants sur les produits de sa gamme, et ça me permet de continuer à participer à des compètes. Là, j'essaye de contacter des sociétés, mais à part vendre, je ne pense pas qu'elles soient réellement motivées par le sponsoring. Aider les athlètes, ce n'est pas vraiment dans leur optique. Une préparation coûte extrêmement cher et je remercie Body Gear.

GB : Que fais-tu comme boulot ?

MT : Je suis fonctionnaire à la Maire de Paris. C'est l'équivalent d'une police municipale, mais comme la ville de Paris est gérée par le préfet de police, le maire n'a pas tout pouvoir. Nous n'avons pas l'appellation "police municipale" mais nous faisons le même travail. Je travaille 3 nuits par semaine, je rentre chez moi l'près midi, puis je retourne bosser le soir. J'arrive à gérer les entraînements, ça fait 7 ans que je le fais, mais c'est quand même très difficile. Je me couche vers 6h45, à 11h je me réveille pour aller cherche mes enfants à l'école pour les faire manger à la maison, je les ramène à l'école à 13h, je fais une sieste jusqu'à environ 15h, 15h30, puis je pars en salle, je reviens vers 17h, je passe un peu de temps à la maison et je repars au boulot.

GB : Quelles sont tes ambitions au point de vue des compétitions ?

MT : J'aimerais bien participer à un championnat d'Europe. Je suis déjà à un âge  où je peux passer en "master" et je pourrais retarder cette échéance, parce qu'en senior ça se passe encore bien. Le petit "truc" que j'ai, et je ne vais pas m'en cacher puisque les gens qui ont vu des photos de face s'en sont rendu compte… j'ai un petit problème de gynécomastie qui remonte à l'enfance et que ne n'ai jamais vraiment pris au sérieux, ça m'a pénalisé pour le titre cette année, sans pour cela remettre en question la valeur de celui qui a été champion bien sûr. A cause de ça, je ne peux pas encore participer au championnat d'Europe Je ferai le nécessaire pour la faire enlever, pas seulement pour la compétition, mais pour la vie de tous les jours.

GB : As-tu un partenaire d'entraînement ?

MT : Depuis 2 ans, j'ai le même partenaire d'entraînement, c'est Jean-Charles, il se reconnaîtra. Il me donne un sacré coup de main, que ce soit pour les déplacements, pour me tanner, et puis ce n'est pas quelqu'un qui va me faire "gonfler la cheville", il a la vérité. Si quelque chose ne va pas, il va me le dire, il va me bouger, il est très franc envers moi.

GB : Ta petite famille t'entoure bien ?

MT : C'est vrai que ma femme, comme beaucoup de femmes d'ailleurs, ne comprend pas vraiment l'acharnement et la motivation que l'on peut avoir dans ce sport, mais elle m'aide à sa façon. Comme je lui ai dit : dès qu'elle sent que par exemple ça part en vrille lorsque je suis en diète, lorsque ça ne va plus, il faut me le dire car ma famille n'a pas à subit et à souffrir de ce que je fais. On se ait plaisir d'accord, mais la famille ne doit pas souffrir de ça. Ce n''est pas comme pour l'Arnold Classic, il n'y a pas un gros chèque à la fin, il n'y a pas d'enjeu, c'est juste un plaisir. Bien souvent, c'est juste une coupe, une poignée de mains lorsqu'ils veulent bien, et puis voilà.

Les enfants sont très fiers de leur papa. Lorsque je vais les chercher à l'école, leurs petits copains demandent à ce que  je fasse un "double biceps". La directrice de l'école primaire de ma fille me demande si je peux venir assurer la sécurité pour la kermesse. Mes enfants sont fiers de ça.

J'ai 3 enfants, l'aîné a 16 ans, il attend que je puisse l'amener en salle, ma petite a 8 ans et le petit dernier a 6 ans.

GB : Si la compétition culturiste est pour beaucoup un simple plaisir, il semblerait que pour certains c'est toute leur vie qu'ils sont en train de jouer, et ceci quel que soit le niveau de la compétition.

MT : En arrière scène tu en vois certains qui gueulent. J'ai envie de leur dire "mais, oh les gars… il n'y a rien au bout!", c'est juste un plaisir et que le meilleur gagne. Par exemple, Jamel el-Gharby est un charmant bonhomme, c'est vrai qu'on se voit très souvent, on fait de bonnes séances d'entraînement. Si tout le monde pouvait avoir son état d'esprit, ce serait bien. Il y a aussi Aboubakar Bakayolo, mais aussi Albert Ngangue, ce sont des gens que j'admire. On se partage des choses, on essaye de se voir quand on peut, on se passe un petit coup de fil. On est adversaire peut-être un jour, mais on reste des amis. Mon plaisir ce serait de me retrouver avec Albert et Abou sur scène, et puis après c'est le jury qui décide, et on sait comment ça se passe, ce n'est pas un 100m, il n'y a pas de chrono, le jury décide, on l'accepte et puis voilà. On revient l'année d'après pour essayer de faire mieux.

MdM1F

Manuel THIANTManuel THIANT
A.F.C.P.A.S

Palmarès AFCPAS

1988 : premier pas à Sarcelles 3e finale nationale du muscle 5e

1995 : 1/2 finale Nord à Lille, super grande taille léger 2e

1996 : 1/2 finale Nord à Orléans, super grande taille léger 1er

2005 : 1/2 finale Nord à Mantes la Jolie, super grande taille léger 1er –finale France à la Destrousse, super grande taille léger 1er

2007 : 1/2 finale Nord à Sarcelles super grande taille lourd 1er – Finale rance à Boulogne sur mer 2e.